Les sites de critiques qui trompent leurs lecteurs

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Messagepar Greenheart » Mar 16 Jan 2018 15:11

Après les excellents épisodes Kill The Others et Safe and Sound, j'ai réalisé que s'il était possible aux méchants de la réalité de débusquer les gens de bonne volonté à force de provocations, il était également possible de débusquer les agents de propagande parmi nos critiques de séries et films de Science-fiction en lisant attentivement leurs arguments contre les films et séries les plus pertinentes du moment.

En voilà donc la liste, citations à l'appui.

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Les inkorruptibles

Il se trouve en France que les médias d'apparence les plus rebelles sont en fait les plus noyautés par les agents de propagande.

Les inkorruptibles a écrit:Hélas, malgré l’indéniable qualité du matériau d’origine et l’application sincère de ses artisans, Electric Dreams souffre de son format trop étriqué, les 50 minutes règlementaires des épisodes ne permettant que rarement de dépasser leur pitch de départ. La mise en scène, extrêmement léchée, matérialise des visions envoutantes de papier glacée, et offre un panorama de SF appliqué mais convenu, qui échoue à provoquer le trouble. On est loin de l’ambiance poisseuse et néo film noir du Blade Runner originel, ou du malaise distillé par le Minority Report de Spielberg. Les technologies convoquées (voyage spatial, échange des consciences ou guerres extraterrestres) sont quant à elle trop lointaines pour créer, comme le fait Black Mirror, un écho inquiétant avec notre époque.

Si elle se savoure néanmoins avec plaisir, le principal défaut d’Electric Dreams est sa transposition trop scolaire de l’imaginaire Dickien, marquée par une incapacité à en réactualiser les motifs. En résultent des rêveries illustratives mais inoffensives, qui manquent cruellement d’électricité.


La première chose qui frappe, c'est que le chroniqueur n'a pas vu la série qu'il commente : l'ambiance poisseuse néo-noir y est, et le malaise à la Minority Report y sont - graphiquement, thématiquement et dans les dialogues : impossible de faire mieux, d'ailleurs Blade Runner 2049 a complètement raté son numéro, et un certain nombre d'adaptation ratées de Philip K. Dick ont aussi raté ce qu'Electric Dreams a réussi à chaque épisode, sans que cette réussite ne signifie que les nouvelles de Philip K. Dick ou leurs adaptations atteignent forcément la perfection.

L'auteur de la chronique française caviarde une chronique anglosaxonne qui contenait exactement les mêmes arguments - la référence à Black Mirror est quasiment du verbatim, et ignore totalement les épisodes Kill the others et Safe and Sound où les technologies évoquées crées plus qu'un écho inquiétant avec notre époque : elles sont en prise directe avec ce qui arrive ici et maintenant, et dépassent de loin Black Mirror qui inquiète mais n'enseigne ni ne résoud rien, et prêche la résignation et le refuge dans le virtuel, quand Black Mirror ne prêche pas carrément le lynchage.

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http://www.vulture.com/2018/01/electric ... sound.html

En Anglais, Vulture décroche le pompom : son chroniqueur sous pseudo nous rejoue le grand air du flocon de neige indigné par l'épisode. L'auteur(e) tout au service des américains qui tentent de museler les gens qui dénoncent les crimes de guerre et crimes contre l'humanité les plus odieux du moment, tente de nous faire croire que montrer une adolescente manipulée via Internet ne peut en aucun cas être utilisée pour commettre un attentat (monté de toute pièce ou "authentique") et que la terreur qui règne en ce moment n'est pas extrêmement profitable aux vendeurs d'armes, armées privées et autres agences violant et recélant la vie privée, siphonnant les carnets d'adresse des entreprises au passage pour les revendre au plus offrant. Pour publier des articles pareils, Vulture ne peut être qu'une grosse plate-forme de propagande qui à l'époque de Blair aurait sûrement hurlé aux armes de destructions massives en Irak, et une heure après l'attentat du 11 septembre, nous aurait ressorti exactement le même communiqué de presse que tout le monde, et pour dix années durant, sans aucune enquête ni vérification.

Vulture a écrit:Hoo boy. Where to even start with one of the most sneakily offensive episodes of television I’ve ever seen?[

...It indulges the blatant hero-fantasy of white people getting to be the ones who are oppressed by larger forces.

But allow me to revert to all-caps to emphasize the following point: TO INSINUATE THAT’S WHAT IT’S LIKE TO BE A MINORITY IS THE MOST INSULTING IDEA POSSIBLE.



Ouvertement raciste (l'héroïne est blanche, donc l'épisode est à propos de l'oppression des blancs, qui bien sûr sont paranos et cherchent seulement à cacher l'oppression des, euh, noirs ? Sauf que dans l'épisode, l'oppresseur est blanc. hâte de voir le même ou la même chroniqueur/ se chroniquer un drama coréen : "ils sont tous jaunes, les jaunes sont obsédés par essayer de prouver au monde qu'ils sont les seuls à souffrir ?". Et le même / la même à propos de Dumbo ou de Bambi ? ("Les éléphants / les cervidés croient être seuls victimes au monde ? Oser insinuer que c'est ça être orphelin est l'idée la plus insultante possible !!!".

Car pour l'auteur/e de la critique, aucune production de télévision n'est autorisée à raconter une histoire où une lycéenne blanche aurait à souffrir de l'oppression (ou du racisme - en plus elle est rousse, je ne peux donc que supposer que l'auteur/e de la chronique est non seulement raciste anti-blanc, mais également anti-roux, et possiblement contre les femmes, puisque les deux héroïnes persécutées sont des femmes.

L'auteur élabore ensuite son délire en parlant au nom de la production, car étant possiblement télépathe, le chroniqueur / la chroniqueuse connaîtrait mieux que quiconque non seulement les intentions de la production, mais également la manière dont nous autres, misérables spectateurs débiles, devrions forcément interpréter ce que nous avons vu de l'épisode.

Vulture a écrit:In these kinds of stories, the reason often sounds like this: “If we put a white face on the oppressed people, then white audiences will empathize more and see what they’re doing is racist!” Which is not only faulty logic — the white audience instead gets to feel great because it justifies their suspicion that they are the ones who are actually oppressed — but also backs up the assumption that people cannot feel that same level of empathy when they look at a brown face, which is what racism literally is. And so, a story like “Safe and Sound” is full of cultural erasure on every level: Not only do you not get to exist in this future, but also your experience is going to be supplanted for our own.


Et l'auteur/e de l'article de conclure, sans même avoir imaginé que l'épisode puisse être l'adaptation d'une nouvelle (de Philip K. Dick, si, si, c'est même dans le titre de la série)

Vulture a écrit:Science fiction is supposed to bring us closer to truth, closer to life, and closer to ourselves. And I’ve never seen a piece of sci-fi get so lost from the truths that matter, quite like this one.


Je traduis, parce que ça vaut quand même son pesant de cacahouettes :

La Science-fiction est supposée nous rapprocher de la Vérité, de la Vie et de Nous-Même. Et je n'ai jamais vu un récit de Science-fiction qui aura à ce point perdu de vue les Vérités qui comptent.

La Science-fiction, nous rapprocher de la Vérité ?

Par définition, la science-fiction n'a pas vocation à dire ou même rapprocher de la Vérité : ce n'est pas une Religion !!!
La Science-fiction a pour premier but de nous faire évader de la réalité, de nous en éloigner complètement, afin d'avoir un autre point de vue, de se sortir la tête de la propagande et des erreurs et des bêlements à l'unisson du troupeau des moutons de Panurge, afin de mettre en évidence, d'autres logiques, tout seuls comme des grands, ou en posant des questions à d'autres.

Ce que Vulture ne tolère pas, et essaie d'empêcher, c'est bien que le spectateur prenne ce recul que permet en l'espèce l'excellent épisode Safe and Sound, et réalise alors ce que Vulture et ses congénères font au monde.

***

La saison 1 de The Orville a été également un excellent révélateur de qui, parmi les chroniqueurs anglais ou américains, se fichaient de notre figure et faisaient exactement le travail contraire de nous guider vers les récits les plus intéressants du moment, dans le sens, stimulant intellectuellement, posant question et nous permettant de débattre entre amis, ou d'explorer plus en avant tel thème, qu'il s'agisse de fiction ou de la réalité. L'épisode 7, Majority Rules a par exemple fait sortir les loups du bois, même si dès l'épisode 3 (dit du changement de sexe) avait déjà fait très fort, et beaucoup d'épisodes qui suivront vont de la même manière prendre par surprise les flocons de neige indignés et autres agents de propagande.

Je n'en attendais par exemple pas moins de Den of Geek, le site censé être branché SF mais qui semble imaginer que les Geeks devraient impérativement suivre le premier drame ou polar ultraviolent dont il faut matraquer le chaland à cette époque de l'année.

Den of Geek a écrit:Okay, now you’re trying too hard, The Orville. Maybe for those who haven’t seen the Black Mirror episode, “Nosedive,” “Majority Rule” was an innovative satirical look at our social media obsessed culture, but even those seeing this idea for the first time might wonder if the nearly identical planet to Earth was a bit too on the nose... So while this wasn’t a favorite episode of The Orville, it did have its bright points, and to be honest, having an uneven episode in a non-serialized show is to be expected. Social commentary is a tricky theme to tackle with subtlety, but this show has done it successfully in the past; therefore, there’s no excuse for not doing it right once we know what the series is capable of. Chalk this one up to overthinking things and move on. There’s always next week.


OK, vous en faites trop, The Orville... il fallait s'attendre à avoir un épisode moins bon de temps en temps... il n'est pas facile de critiquer (notre) société... barrez celui-là à la craie pour avoir trop réfléchi et passez à autre chose, car il y a toujours la semaine prochaine.

Le chroniqueur oublie que Black Mirror: Nosedive est postérieur à un épisode de Community sur le même thème, signé par l'un des artisans de The Orville. Il oublie aussi de souligner que l'épisode Majority Rules va plus loin, est beaucoup plus proche de la réalité et de l'actualité (c'est la terre de notre présent, pas du futur qui est visité par l'équipage de The Orville), et offre des solutions à la dictature de la majorité, tout en lui donnant un nom ("a mob", une troupe de lyncheurs en constante recherche de victimes, peu importe leur innocence ou la gravité des crimes reprochés). L'épisode aussi une illustration on ne peut plus claire qu'avoir la majorité n'est pas la même chose qu'être objectif, juste, scientifique ou même humain etc. etc.

Den of Geek a en fait une stratégie bien à lui (?), qui consiste à porter aux nues la plus médiocre et méprisante production BBC ou de n'importe quelle grosse multinationale qui paiera le cocktail et offrira l'accès privilégié aux interviews et aux premières, et à côté, à prétendre que la nouveauté qui elle est brillante et culte au moment où elle sort, est médiocre, voire méprisable. Le ton est paternaliste, car "papa Den of Geek" le sait mieux que vous.

Puis, une fois que l'actualité est passée, que les chiffres de vente et les clics prouvent que Den of Geek s'est complètement planté, voire essayait de descendre en flamme les séries et films qui faisaient concurrences à leurs parrains, Den of Geek va sortir un article après-coup chantant les louanges de ceux qu'ils ont fait passer pour médiocre - par exemple pour la sortie du coffret blu-ray reçu en service de presse que l'on pourra ramener à la maison ou revendre sur e-bay.

Et comme la course aux clics ne s'arrête jamais, Den of Geek sortira dans la foulée un article sur le même ton à propos d'une daube infâme des années 70 ou 80 ou 90 ou 2000, avec un titre conçu pour faire cliquer.

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Re: Les sites de critiques qui trompent leurs lecteurs

Messagepar Greenheart » Dim 21 Jan 2018 12:27

Slate, dans son immense générosité, se propose de nous dire quel film Netflix nous devons regarder - et quel film nous n'avons pas à regarder.
Notez bien que dans la liste, Slate ne fait pas la différence entre un documentaire et une œuvre de fiction - mais rassurez-vous de suite, Slate ne s'intéresse comme par hasard qu'à certains documentaires et pas aux autres, qui ne sont même pas cités.

https://www.slate.fr/story/146970/jai-r ... -netflix#1

Dans cette dernière catégorie tombe, comme par hasard, Pandora.

Lisons donc de plus près, ce que Slate a à reprocher cet excellent film.

Slate a écrit:Ce film catastrophe sud-coréen commence comme une virulente charge politique contre le nucléaire dans un climat post-Fukushima. Il s'embourbe malheureusement peu à peu dans un héroïsme sacrificiel grandiloquent. Tellement dommage.


Slate "oublie" de dire que Pandora est le récit de Fukushima. Et l'héroïsme sacrificiel grandiloquent qu'apparemment Slate n'apprécie pas du tout est celui bien réel de tous les sauveteurs japonais qui sont morts depuis (les employés de Areva présents pour faire fonctionner Fukushima au mox se sont eux tous barrés dans le jour qui a suivi la catastrophe).

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