Le premier (?) pastiche Shakespearien des séries Star Trek, qui pour plusieurs raisons mais souvent par remplissage et écriture peu inspirée reviendront constamment aux citations et aux pièces de Shakespeare, essentiellement parce qu'elles sont libres de droit, parce que la culture c'est comme la confiture, et puis parce que Star Trek est à l'origine un pastiche de Planète Interdite qui transpose la Tempête du même Shakespeare dans l'Espace.
Et c'est là où le premier bât blesse : l'épisode est probablement une transposition d'un type d'intrigue théâtral et filmique du genre qui se recycle dans toutes les séries ensuite : un criminel est reconnu, les morts commencent à tomber et s'aligner dans un théâtre ou ailleurs, qui a fait le coup ? qui est déguisé en quoi ? Pas besoin d'aller dans l'espace pour raconter ce genre d'Histoire, et personne n'utilise vraiment une technologie, des pouvoirs ou des attributs extraterrestres pour résoudre l'énigme et arrêter l'hécatombe.
Le second bât qui blesse est que la production, qui a pris soin d'enraciner l'intrigue dans un crime spécifiquement lié à une situation de space opera (transposition d'une situation typique des comptoirs et colonies réalisées à voiles et vapeur) : une colonie en péril, plus de bouffe, comment résoudre le problème ? D'où le "crime" de Kodos l'exécuteur.
Seulement l'épisode et son scénario et ses personnages n'arrêtent pas d'esquiver les problèmes soulevés par le crime initial :
* Pourquoi la colonie en péril n'a aucun moyen d'évacuer à temps ses citoyens ?
* Le cannibalisme est-il courant et excusable dans la conquête spatial, autant qu'il a pu l'être par exemple dans le cas des rugbymans à l'avion crashé en haute montagne sans secours ?
* Le cannibalisme est-il admis dans le cadre de l'apparente tolérance et du respect des civilisations inférieures ou égales question technologies spatiales, comme il est toujours admis aujourd'hui par exemple au Japon ?
* En quoi le choix de Kodos de tuer une partie des citoyens dont il avait la charge est-il condamnable et pourquoi il a fait ce choix, plutôt que de seulement amputer des cuisses et des bras pour nourrir sa colonie, sans tuer les mutilés en attendant de faire repousser leurs membres ?
* Qu'arriverait-il à bord de l'Enterprise si les réplicateurs tombaient en panne et qu'à la dérive il se retrouvait à court de nourriture ? où sont stockés les rations de survie ?
* L'enterprise a-t-il lui même un nombre de "canots" suffisant pour évacuer ses passagers à bon port ? Il semble que non. L'enterprise D de la Nouvelle Génération résolvait en partie le problème avec sa soucoupe séparable.
* Pourquoi le vaisseau de secours n'a pas prévenu qu'il était en route pour sauver la colonie ? Pourquoi ils n'auraient pas eu de technologie pour transmettre l'information à la manière d'un télégraphe, ce qui arrive plus tard dans la même série cependant ?
Et si Kodos a une conscience et s'inquiète du sang qu'il a sur les mains, pourquoi ne s'est-il pas rendu d'office depuis le début ?
De fait, l'épisode aurait dû d'abord se dérouler sur la colonie de Kodos et présenter les mêmes témoins plus jeunes survivants assistant directement au drame, et permettant au spectateur de se faire une idée lui-même, et du coup être beaucoup plus proches des témoins, de leur indignation etc.
Troisième bât qui blesse : la Fédération semble extrêmement légère quant à l'arrestation ou l'enquête sur ce qu'ils prétendent être l'un des pires criminels de la Fédération (cf. le dialogue Kirk / Bones) : ils trouvent un corps, lui colle le nom de Kodos sans preuve et affaire classée ? Ils ont des citoyens qui disparaissent et d'autres qui apparaissent et personne ne se demande d'où ils viennent ou vérifie leur identité ? La reconnaissance vocale n'existe pas ? La génétique non plus ? Le livret de famille n'est exigé nulle part ? Le casier judiciaire non plus ?
Oui de nos jours, tout est contourné par des complicités, des lois d'impunité, des combines du type entrez dans la légion ou à la NASA ou dans le BIg Pharma et hop, nouvelle identité, on oublie vos crimes contre l'Humanité et vous pouvez continuer à en commettre autant que vous voulez, et l'usine à propagande Hollywoodienne sortira des films à votre gloire et la princesse paiera des campagnes de vaccination de vaccins qui ne vaccinent pas. Mais l'épisode ne mentionne ni ne fait allusion à la moindre complicité des autorités de la Fédération dans la nouvelle identité de Kodos.
Quatrième bât qui blesse : j'ai visité un porte-avion américain authentique, les passagers comme les visiteurs ne sont pas autorisés à aller et venir comme bon leur semble par exemple pour empoisonner le garde chargé de veiller sur je ne sais quel pont crucial pour la survie du vaisseau (et potentiellement de la fédération). Si l'ordinateur de bord peut montrer des photos des uns et des autres, pourquoi ils n'ont pas d'images des gens qui vont et viennent à bord, en particulier de manière non autorisée ? Où sont passés les gardes qui auraient dû être de service un peu partout : il n'y en a qu'un, et c'est la victime. Plus c'est le genre à ne pas faire son boulot puisqu'il passe son temps à bouffer / boire et à commander des chansons à Uhura par l'intervalle.
Cinquième bât qui blesse : les acteurs qui jouent des acteurs et actrices shakespeariens passent la conclusion de l'épisode à cabotiner à la manière des acteurs qu'ils sont censés incarnés. Ce n'est pas de leur faute, c'est celle de la production qui tente d'imiter le style Shakespearien. Je ne vois pas pourquoi des militaires tels que Kirk, ou des témoins d'exécution de masse, toléreraient une seule seconde leurs manières et maniérismes. Il est vrai que Kirk joue lui-même la comédie pour piéger les suspects et apparemment est censé coucher également avec des criminels contre l'humanité si elles sont blondes, jeunes et bien roulée (avec le projecteur spécial qui fait briller comme des étoiles leurs pupilles).
Tout cela est très factice, mais conforme au spectacle technicolor plutôt familial qui est alors produit par Désilu. Comparer avec Gideon's Way, une série policière britannique où les criminels (et leurs victimes) parlent exactement comme les criminels et les victimes de la réalité non seulement de l'époque mais aujourd'hui, ce qui peut facilement troubler le spectateur complètement lavé du cerveau et privé du contact avec la réalité par tant de dialogues et de comportement faux mis en scène comme si les crimes progressaient et se résolvaient réellement de cette manière, que ce soit dans le passé, le présent ou l'avenir.
Cependant, les acteurs et actrices jouent plutôt bien ce qu'on leur donne à jouer, et c'est déjà plus que ce que nous endurons quotidiennement aujourd'hui en streaming ou sur la TNT.
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Superbe voix de Nichelle Nichols (Uhura), très belle chanson intemporelle incidemment, très au-dessus de par exemple à celle de Leona Lewis, la chanteuse censée chanter en 2009 pour le personnage joué par l'actrice Zoe Saldaña (autre incarnation de Uhura, au cinéma).
Conclusion : un épisode qui tient d'avantage de l'effet de manche, frustrant parce qu'il passe à côté des vrais questions et de la réalité de tels crimes, et parce que le dénouement est artificiel et trop théâtral pour convaincre. Mais un épisode moins mauvais que tout ce qu'on peut voir de récent en ce moment depuis des années en streaming ou à la télé.
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