
Ὀδύσσεια (-800)
Titre translittéré : Odýsseia (prononcer odüssêya).
Ce récit est la suite de l'Illiade.
Attention, le récit original non censuré est très violent et ne convient pas du tout à la jeunesse.
Diffusée à partir de la fin du 8ème siècle en Grèce antique.
Compilé à Alexandrie par Aristarque, imprimée d'après Démétrios Chalcondyle en 1488.
Traduit en français en 1571.
Traduit en français par Leconte de l'Isle en 1877 chez Alphonse Lemerre, Paris.
Attribué à Homère (très probablement auteur fictif dont le nom signifie "récit épique", en réalité compilation de récits chantés et rythmés sur le thème du retour d'Ulysse du siège de Troie).
Pour adultes.
(chanson de geste, fantasy épique, presse) Dix ans après la chute de Troie, Ulysse, le roi d'Ithaque, n'est toujours pas de retour chez lui, et les prétendants à sa succession font le siège de Pénélope, son épouse, dévorant ses provisions, couchant avec ses servantes. La Reine Pénélope, faute d'une protection militaire, a promis aux prétendants qu'elle épouserait l'un d'entre eux une fois qu'elle aura achevé la tapisserie qu'elle tisse en l'honneur de son mari probablement défunt. Inspiré par la déesse Athéna, Télémaque, le fils d'Ulysse, quitte à son tour le palais pour faire la tournée des autres rois de retour du siège de Troie, afin d'obtenir d'eux des nouvelles de son père. Alors Zeus et Athéna force la nymphe Calypso à libérer Ulysse, dont elle était tombée amoureuse et qu'elle retenait captif sur son île.
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Texte original translittéré et traduit au plus proche.
Ὀδύσσεια
# Odússeia
L’Odyssée
Chant 1, lignes 1-5
(grec ancien) ἄνδρα μοι ἔννεπε, μοῦσα,
(translittéré) # ándra moi énnepe, moũsa,
L’homme, raconte-moi, Muse,
Πολύτροπον
# polútropon
Tout à fait exercé (= polyvalent)
ὃς μάλα πολλὰ πλάγχθη
# hòs mála pollà plánkhthē
Très longtemps erra
ἐπεὶ Τροίης ἱερὸν πτολίεθρον ἔπερσεν:
# epeì Troíēs hieròn ptolíethron épêrsen:
Dès lors Troie, sainte capitale, ayant été détruite.
πολλῶν δ᾽ἀνθρώπων ἴδεν
# pollō̃n d᾽anthrṓpōn íden
Quantité de gens il vit
ἄστεα καὶ νόον ἔγνω,
# ástea kaì nóon égnō,
De cités et mentalités il connut,
πολλὰ δ᾽ὅ γ᾽ἐν πόντῳ πάθεν ἄλγεα ὃν
# pollà d᾽hó g᾽en póntōͅ páthen álgea hòn
Des jours durant en mer de nombreux évènements douloureux
κατὰ θυμόν,
# katà thumón,
éprouvant son courage.
ἀρνύμενος ἥν τε ψυχὴν καὶ νόστον ἑταίρων.
# arnúmenos hḗn te psukhḕn kaì nóston hetaírōn.
Ainsi que lui-même et ses compagnons en leur patrie ramènerait.
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Traduction Madame Dacier (1786, domaine public)
LIVRE I.
MUSE contez - moy les avantures de cet homme prudent , qui aprés avoir ruiné la ſacrée ville de Troyee , fut errant pluſieurs années en divers pays , viſita les villes de differents peuples , & s'inſtruisſit de leurs coutumes & de leurs mœurs. Il ſouffrit des peines infinies ſur la mer pendant qu'il travailloit à ſauver ſa vie & à procurer à ſes Compagnons un heureux retour. Mais tous ſes ſoins furent inutiles. Ces malheureux perirent tous par leur folie , les inſenſez ! ils eurent l'impieté de ſe nourrir des troupeaux de bœufs qui eſtoient conſacrez au Soleil , & ce Dieu irrité les punit de ce ſacrilege. Déeſſe, fille de Jupiter , daignez nous apprendre au ſſi à nous une partie des avantures de ce heros.
Tous ceux qui avoient évité la morts devant les remparts de Troye, eſtoient arrivez dans leurs maiſons, delivrez des perils de la mer & de la guerre ; Ulyſſe eſtoit ſeul privé de ce plaiſir ; malgré l'impatience qu'il avoit de revoir ſ femme et ſes Eſtats , il eſtoit retenu dans les grottes profondes de la Déeſſe Calypſo , qui deſiroit paſſionnément de l'avoir pour mary. Mais aprés pluſieurs années revoluës , quand celle, que les Dieux avoient marquée pour ſon retour à Ithaque, fut arrivée, ce Prince ſe trouva encore expoſé à de nouveaux travaux quoy-qu'il fuſt au milieu de ſes amis. Enfin les Dieux eurent pitié de ſes peines. Neptune ſeul perſeverant dans ſa colere, le pourſsuivit juſqu'à ce qu'il fuſt de retour dans ſa patrie.
Un jour que ce Dieu eſtoit allé chez les Ethipiens (NDT Aitiopiens = Aithi-opes Les Visages Brûlés) qui habitent aux extremitez de la terre & qui sont ſeparez en deux peuples, dont les uns ſont à l'Orient & les autres à l'occident, pendant qu'il aſſiſtoit avec plaiſir au feſtin d'une hecatombe de taureaux & d'agneaux que ces peuples religieux luy avoient offerte, tous les autres Dieux s'aſſemblerent & tinrent conſeil dans le Palais de Jupiter. Là le pere des Dieux & des hommes s'eſtant ſouvenu du fameux Egiſthe, qu'Oreſte avoit tué pour venger la mort de ſon pere , leur parla ainſi : Quelle inſolence ! les mortels oſent accuſer les Dieux ! ils nous reprochent que nous ſommes les auteurs des maux qui leur arrivent, & ce ſont eux-meſmes qui par leur folie ſe précipitent dans des malheurs qui ne leur eſtoient pas deſtinez...
*


Traduction Eugène Bareste (1842, domaine public)
CONSEIL. — EXHORTATION.
Muse, chante ce héros, illustre par sa prudence, qui longtemps erra sur la terre après avoir détruit la ville sacrée de Troie, qui parcourut de populeuses cités, s′instruisit de leurs mœurs, et fut, sur les mers, en proie aux plus vives souffrances pour sauver ses jours et ramener ses compagnons dans leur patrie. Mais, malgré tous ses efforts, il ne put les y conduire, et ils périrent victimes de leur imprudence : les insensés osèrent se nourrir des troupeaux consacrés au céleste soleil, et ce dieu leur enleva la journée du retour ! Déesse, fille de Jupiter, raconte-nous quelques-unes de ces aventures.
Déjà tous les soldats, qui avaient fui le cruel fléau, étaient rentrés dans leurs foyers, après avoir échappé aux périls de la mer et des combats. Un seul, cependant, désirant revoir son épouse et sa patrie, était retenu dans les grottes profondes de la nymphe Calypso, la plus auguste de toutes les déesses, qui souhaitait l’avoir pour époux. Mais lorsque dans le cours des années arriva le temps marqué par les dieux pour son retour à Ithaque, où lui et ses amis ne devaient pas encore éviter de nouveaux malheurs, tous les immortels le prirent en pitié, excepté Neptune, qui poursuivit sans cesse de sa haine implacable le divin Ulysse jusqu’au moment où ce héros atteignit sa terre natale.
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Traduction Leconte de l'Isle (1877, domaine public)
Rhapsodie.
Dis-moi, Muse, cet homme subtil qui erra si longtemps, après qu'il eut renversé la citadelle sacrée de Troiè. Et il vit les cités de peuples nombreux, et il connut leur esprit ; et, dans son coeur, il endura beaucoup de maux, sur la mer, pour sa propre vie et le retour de ses compagnons. Mais il ne les sauva point, contre son désir ; et ils périrent par leur impiété, les insensés ! ayant mangé les bœufs de Hélios Hypérionade. Et ce dernier leur ravit l'heure du retour. Dis-moi une partie de ces choses, Déesse, fille de Zeus.
Tous ceux qui avaient évité la noire mort, échappés de la guerre et de la mer, étaient rentrés dans leurs demeures ; mais Odysseus restait seul, loin de son pays et de sa femme, et la vénérable Nymphe Kalypsô, la très-noble Déesse, le retenait dans es grottes creuses, le désirant pour mari. Et quand le temps vint, après le déroulement des années, où les Dieux voulurent qu'il revît sa demeure en Ithakè, même alors il devait subir des combats au milieu des siens. Et tous les Dieux le prenaient en pitié, excepté Poseidaôn, qui était toujours irrité contre le divin Odysseus, jusqu'à ce qu'il fût rentré dans son pays.
Et Poseidaôn était allé chez les Aithiopiens qui habitent au loin et sont partagés en deux peuples, dont l'un regarde du côté de Hypériôn, au couchant, et l'autre au levant. Et le Dieu y était allé pour une hécatombe de taureaux et d'agneaux. Et comme il se réjouissai-t, assis à ce repas, les autres Dieux étaient réunis dans la demeure royale de Zeus Olympien. Et le Père des hommes et des Dieux commença de leur parler, se rappelant dans son cœur l'irréprochable Aighistos que l'illustre Orestès Agamemnonide avait tué. Se souvenant de cela, il dit ces paroles aux Immortels :
- Ah ! combien les hommes accusent les Dieux ! Ils disent que leurs maux viennent de nous, et, seuls, ils aggravent leur destinée par leur démence...
*

Traduction Victor Bérard (1924, domaine public)
INVOCATION
C'est l'Homme aux mille tours, Muse, qu'il faut me dire, Celui qui tant erra quand, de Troade, il eut pillé la ville sainte, Celui qui visita les cités de tant d'hommes et connut leur esprit, Celui qui, sur les mers, passa par tant d'angoisses, en luttant pour survivre et ramener ses gens. Hélas ! même à ce prix, tout son désir ne put sauver son équipage : ils ne durent la mort qu'à leur propre sottise, ces fous qui, du Soleil, avaient mangé les bœufs ; c'est lui, le Fils d'En Haut, qui raya de leur vie la journée du retour.
Viens, ô fille de Zeus, nous dire, à nous aussi, quel-qu'un de ces exploits.
L'ASSEMBLÉE DES DIEUX
Ils étaient au logis, tous les autres héros, tous ceux qui, de la mort, avaient sauvé leurs têtes : ils avaient réchappé de la guerre et des flots. Il ne restait que lui à toujours désirer le retour et la femme, car une nymphe auguste le retenait captif au creux de ses cavernes, Calypso, qui brûlait, cette toute divine, de l'avoir pour époux.
Même quand vint l'année du cycle révolu, où les dieux lui filaient le retour au logis, même dans son Ithaque et dans les bras des siens, il n'allait pas trouver la fin de ses épreuves. Tous les dieux le plaignaient, sauf un seul, Posidon, dont la haine traquait cet Ulysse divin jusqu'à son arrivée à la terre natale.
Or le dieu s'en alla chez les Nègres (NDT le texte original dit Aithi-opes Les Visages Brûlés) lointains, les Nègres répartis au bout du genre humain, dans leur double domaine, les uns vers le couchant, les autres vers l'aurore : devant leur hécatombe de taureaux et d'agneaux, il vivait dans la joie, installé au festin. Mais tous les autres dieux tenaient leur assemblée dans le manoir de Zeus : devant eux, le seigneur de l'Olympe venait de prendre la parole. Or le Père des dieux et des hommes pensait à l'éminent Égisthe, immolé par Oreste, ce fils d'Agamemnon dont tous chantaient la gloire.
Plein de ce souvenir, Zeus dit aux Immortels :
ZEUS. — Ah ! misère !... Écoutez les mortels mettre en cause les dieux! C'est de nous, disent-ils, que leur viennent les maux, quand eux, en vérité, parleur propre sottise, aggravent les malheurs assignés parle sort. Tel encor cet Égisthe ! pour aggraver le sort, il voulut épouser la femme de l'Atride et tuer le héros sitôt qu'il rentrerait. La mort était sur lui : il le savait ; nous-même, nous l'avions averti et, par l'envoi d'Hermès, le guetteur rayonnant, nous l'avions détourné de courtiser l'épouse et de tuer le roi, ou l'Atride en son fils trouverait un vengeur, quand Oreste grandi regretterait sa terre. Hermès, bon conseiller, parla suivant nos ordres. Mais rien ne put fléchir les sentiments d'Égisthe. Maintenant, d'un seul coup, il vient de tout payer !
Athéna, la déesse aux yeux pers, répliqua :
ATHÉNA. — Fils de Cronos, mon père, suprême Majesté, celui-là n'est tombé que d'une mort trop juste, et meure comme lui qui voudrait l'imiter ! Mais moi, si j'ai le cœur brisé, c'est pour Ulysse, pour ce sage, accablé du sort, qui, loin des siens, continue de souffrir dans une île aux deux rives. Sur ce nombril des mers, en cette terre aux arbres, habite une déesse, une fille d'Atlas, cet esprit malfaisant, qui connaît, de la mer entière, les abîmes et qui veille, à lui seul, sur les hautes colonnes qui gardent, écarté de la terre, le ciel. Sa fille tient captif le malheureux qui pleure. Sans cesse, en litanies de douceurs amoureuses, elle veut lui verser l'oubli de son Ithaque. Mais lui, qui ne voudrait que voir monter un jour les fumées de sa terre, il appelle la mort !... Ton cœur, roi de l'Olympe, est-il donc insensible ? Ne fut-il pas un temps qu'Ulysse et ses offrandes, dans la plaine de Troie, près des vaisseaux d'Argos, trouvaient grâce à tes yeux ? Aujourd'hui, pourquoi donc ce même Ulysse, ô dieu, t'est-il tant odieux ?
***

L'extraordinaire voyage d'Ulysse, un récit d'Hélène Kérillis, d'après l'Odyssée d'Homère, chez Hatier, dès 9 ans (1998).
1
Debout sur la plus haute falaise d'Ithaque, la sage Pénélope surveillait l'horizon. Le jour se levait à peine. Dix ans d'attente. Dix ans à compter les jours depuis le départ d'Ulysse, son mari. Pénélope l'avait vu s'embarquer avec ses compagnons pour rejoindre l'armée des Grecs qui partait en guerre contre Troie. Depuis, plus de nouvelles.
Un oiseau aux longues ailes passa dans le ciel. Immobile sur la falaise, Pénélope ne pouvait détacher ses yeux de l'horizon. Le vent tordait en plis sa tunique blanche, enroulant sans fin les vagues de la mer autour d'Ithaque.
Soudain, un appel retentit derrière Pénélope.
- Maman ! Maman !
Son fils Télémaque échappa aux servantes et rejoignit en courant le bord de la falaise.
- Est-ce que tu le vois ! Est-ce qu'il arrive ? s'écria-t-il plein d'espoir.
En silence, Pénélope secoua la tête...
(en cours de rédaction)
